Fibres Marines

Le lin et le chanvre ont autrefois contribué à la prospérité de la Bretagne, marquant l’histoire et le patrimoine culturel de la région. Actuellement au cœur de recherches innovantes sur les matériaux composites, notamment dans le nautisme, ces plantes pourraient bientôt jouer à nouveau un rôle prépondérant.
D’hier à aujourd’hui, l’exposition tisse des regards croisés où botanique, histoire, géographie, technique, environnement et création artistique s’entremêlent.

Quand le lin et le chanvre faisaient la richesse de la Bretagne
Du XVIe au XVIIIe siècle, le lin et le chanvre ont été cultivés dans le Finistère pour leurs fibres utilisées dans la fabrication de toiles (vêtements, linge de maison et voiles). Leur culture, leur transformation et le commerce des toiles ont généré une intense activité économique. La « manufacture des toiles » associait les terres fertiles du littoral, les villes, les ports et leurs arrière-pays. Des filières étaient organisées, les toiles étaient contrôlées dans le cadre d’une exportation réglementée.
Ce commerce, à destination de l’Europe et des Amériques, a assuré la prospérité de la région, qui transparaît aujourd’hui à travers le patrimoine auquel elle a donné naissance : maisons de tisserands, de marchands toiliers ou de négociants, enclos paroissiaux, sculptures, orfèvrerie… Le chanvre a joué un rôle essentiel dans la Marine, notamment à l’arsenal de Brest, jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle et l’apparition du navire à vapeur.

Le lien terre-mer aujourd’hui : un couple en crise ?
À partir du milieu du XIXe siècle, l’accès aux énergies fossiles (charbon puis pétrole) a favorisé la révolution des transports et l’essor industriel. Quelques fabriques ont développé le tissage industriel telle que la Société Linière de Landerneau, néanmoins, la production de lin et chanvre décroît peu à peu, victime de la concurrence d’autres fibres (coton et plus tard textiles synthétiques).
Dans les années 1950, le développement intensif de l’agriculture distend progressivement le lien entre les producteurs et leur environnement naturel ; parallèlement l’avènement du tourisme et de la plaisance conduisent à une littoralisation de la côte bretonne. La situation actuelle nous oblige à nous interroger sur ces pratiques. Aujourd’hui, comment resserrer les relations entre l’homme et son milieu naturel, renouer les liens terre-mer ?

Le développement des biomatériaux dans le nautisme : des perspectives prometteuses
Depuis plusieurs années, la recherche s’intéresse aux biomatériaux et plus particulièrement aux biopolymères. L’augmentation du prix du pétrole n’a fait qu’accroître cette tendance dont l’apparition est liée à une prise de conscience économique et environnementale.
Le lin et le chanvre sont aujourd’hui au cœur de ces recherches notamment dans la filière nautique. Comme les thoniers qui se décomposent dans les cimetières de bateaux, les embarcations du futur seront recyclables et biodégradables. Face aux enjeux contemporains, le lin et le chanvre occuperont probablement une place prépondérante dans les matériaux de demain.